Les règles du meem sakinah : idgham, ikhfa et izhar shafawi
Trois règles seulement pour le meem sakinah, mais une qui se confond souvent avec l'iqlab. Voici comment les distinguer et les appliquer.
Le meem sakinah, c’est le ميمْ qui porte un sukun. Si vous avez déjà étudié les règles du noun sakinah, celles-ci vont vous paraître plus simples : il n’y a que 3 cas, contre 4 pour le noun.
La difficulté n’est pas dans la quantité, elle est dans la confusion fréquente avec l’iqlab. On va y revenir.
Les trois règles, dans l’ordre où on les rencontre
1. Idgham mithlayn (la fusion d’un meem dans un autre)
Quand un meem sakinah (مْ) rencontre un autre meem (م), les deux fusionnent en un seul son nasalisé. Vous prolongez le son “m” avec une ghunna de 2 temps.
Exemple : لَهُم مَّا, au lieu de prononcer “lahum ma” en deux morceaux, vous faites “lahumma” avec un m nasalisé tenu.
Le mot mithlayn veut dire “deux semblables”. On fusionne deux lettres identiques. C’est la même logique que dans l’idgham mutamathilayn pour d’autres lettres.
2. Ikhfa shafawi (la dissimulation labiale)
Quand un meem sakinah rencontre un ب, on dissimule le meem avec une ghunna de 2 temps, sans fermer complètement les lèvres. Le mot shafawi veut dire “labial”, parce que les deux lettres concernées (م et ب) se prononcent avec les lèvres.
Exemple : تَرْمِيهِم بِحِجَارَةٍ dans la sourate al-fil, verset 4. Vous ne fermez pas les lèvres pour le م comme vous le feriez en isolation, vous les laissez légèrement entrouvertes pour préparer le ب tout en gardant la nasalisation.
C’est la règle qui demande le plus de pratique à l’oreille, exactement comme l’ikhfa du noun sakinah.
3. Izhar shafawi (la prononciation claire)
Devant les 26 autres lettres de l’alphabet (toutes sauf م et ب), le meem sakinah se prononce normalement, clairement, sans modification.
Vous fermez les lèvres, vous produisez le son “m”, vous passez à la lettre suivante. Aucune subtilité.
Les savants insistent particulièrement sur l’izhar shafawi quand le meem sakinah précède un و ou un ف, parce que ces deux lettres se prononcent près des lèvres aussi (le و avec arrondissement, le ف avec contact lèvre-dent). Beaucoup de débutants ont tendance à laisser le م “fuir” vers la lettre suivante au lieu de le marquer clairement.
La confusion classique avec l’iqlab
Voilà l’erreur qui revient le plus souvent. Vous lisez مِن بَعْدِ (noun sakinah + ب) et vous lisez تَرْمِيهِم بِ (meem sakinah + ب). Dans les deux cas, vous avez une lettre devant un ب, et dans les deux cas vous faites une nasalisation. Donc à l’oreille, ça se ressemble.
Sauf que ce sont deux règles différentes :
- Iqlab (noun + ب) : on transforme le noun en un meem dissimulé, parce que le son de base était un “n”.
- Ikhfa shafawi (meem + ب) : on dissimule le meem qui était déjà là, parce que le son de base était un “m”.
Le résultat sonore est très proche, mais le mécanisme est inverse. Dans l’iqlab, on convertit. Dans l’ikhfa shafawi, on conserve un m qu’on dissimule. Si quelqu’un vous interroge sur la règle pendant un cercle d’apprentissage, c’est cette distinction qu’il attend.
Repérer ces règles à l’écran
Le meem sakinah n’est pas toujours marqué visuellement dans le mushaf. Dans le rasm Uthmani standard à riwayat Hafs, vous voyez le sukun (ْ) sur les meem qui en portent un, mais pas de manière systématique pour toutes les copies imprimées. Les copies indo-pakistanaises et certaines copies maghrébines ont des conventions légèrement différentes.
C’est l’une des raisons pour lesquelles Tajweeed annote chaque meem sakinah pendant la lecture et applique le bon code couleur selon la règle qui s’applique. Si vous doutez entre un izhar shafawi et un ikhfa shafawi, l’app vous montre la réponse en surbrillance, sans que vous ayez à analyser à chaque verset.
Une fois ces règles assimilées, la suite logique c’est de comprendre les madds, qui couvrent l’autre grande catégorie d’effets sonores en récitation.